Se réjouissant avec mesure « des indicateurs globalement positifs », avec un emploi, une production et des ventes en hausse modérée sur son marché domestique comme à l’étranger, le carrelage espagnol fait état d’une « situation stabilisée en 2025 ». Au-delà de cette croissance globale, les exportations vers la France, mais aussi l’Italie et surtout l’Allemagne continuent de baisser, révélant des disparités marquées, notamment dans l’UE.
Les chiffres du secteur ont été dévoilés par l’Ascer lors du lancement d’un nouvel événement promotionnel : Time of Spain, organisé en lieu et place du Cevisama de Valence dans le district industriel de Castellón, la Silicon Valley de la céramique. Tous les voyants sont repassés au vert. En 2025, avec des ventes totales établies à 4,834 milliards d’euros (+1 %), le carrelage espagnol renoue timidement avec la croissance, après le léger recul enregistré en 2024 (-0,9 %). Une reprise certes modérée, mais significative au regard de la forte contraction de 2023 (-14,3 %, 4,864 milliards d’euros), le secteur subissant la crise liée à l’anémie des marchés de la construction et de l’immobilier.
Les volumes de production soutiennent cette reprise progressive, même s’ils demeurent inférieurs au niveau record post-Covid (567 millions de m² en 2021, à comparer aux 503 millions de 2019). Après avoir plongé sous la barre des 400 millions de m² (-21,2 % en 2023), la tendance observée en 2024 (+1,3 % et 399 millions de m²) est confirmée par les chiffres 2025 (+2,7 % et 427 millions de m²), validant sans doute la fin d’un cycle marqué à la baisse, comme le confirme la balance positive de l’emploi (+1,4 % en 2025 avec 15 939 emplois directs vs +5,7 % en 2024 et -12 % en 2023).
Faire de la durabilité un atout

La France, l’Italie et l’Allemagne à la peine

Toutefois, ni la France ni l’Italie ne s’inclinent dans la hiérarchie, contrairement à l’Allemagne, rétrogradée à la septième place à la faveur d’un jeu de chaises musicales qui témoigne de l’instabilité des marchés. Israël, crédité de 121 millions d’euros en 2024 (+2,3 %), enregistre la plus nette progression (+17,1 %, 141,7 millions d’euros) et lui ravit le cinquième rang du Top10, profitant de l’effondrement du marché outre-Rhin en 2023 (-18,1 % et 140,6 millions d’euros), 2024 (-9,9 % et 126,7 millions) et 2025 (-3.2 % et 122,6 millions).
Pointant en numéro six, le Maroc progresse aussi (+13,9 % et 140,9 millions d’euros en 2025 vs +4,6 % et 124,5 millions en 2024), le Maghreb représentant désormais 5,9 % des ventes à l’export en 2025 (vs 5,3 % en 2024), son essor mesuré étant proportionnel à celui de l’Afrique (10,8 % vs 9,7 %). Parmi les importateurs européens dont la part de marché croît depuis deux ans, notons que le Portugal passe le cap des 120 millions d’euros (+6,4 %) tandis que la Grèce (+0,5 % et 85,9 millions d’euros faisant suite à une croissance de +8,4 % en 2024) et la Belgique (-0,1 % et 74,4 millions d’euros) ferment le ban du Top10, actant la sortie de l’Arabie Saoudite, neuvième du classement en 2023 et rétrogradée au dernier rang en 2024.
Des opportunités et des variables
Même si l’Ascer communique sur les valeurs et non les volumes, des bouleversements notables se dessinent sur l’échiquier des destinations clés de l’export espagnol. Face au contexte géopolitique, c’est toute une industrie qui, avec les difficultés que cela sous-entend, a fait de la résilience et de la souplesse une composante essentielle de son économie. Une capacité à surmonter les crises et à s’adapter à « la scène actuelle qui change toutes les semaines et fait que la boule de cristal de fonctionne pas » selon les mots de Pablo Conde, directeur général du commerce international de l‘Institut espagnol du commerce extérieur (Icex). Des paroles qui, prononcées le 24 février 2026 lors de la table ronde organisée à Castellón dans le cadre de l’événement Time of Spain, entrent en résonance avec le conflit déclenché quelques jours après au Moyen-Orient, où la demande était jusque très récemment soutenue par des grands projets d’infrastructures et d’hôtellerie (12 % des exportations en 2025, 11,5 % en 2024)… De sorte, qu’ils soient lents ou soudains, des recentrages des flux s’opèrent en permanence vers les marchés les plus porteurs, fluctuants.
Repères
♦ Initié par l’association espagnole de fabricants de carrelage et de revêtements de sol en céramique (Ascer) en février et mars 2026, l’événement Time of Spain fédère une soixantaine d’usines et de showrooms de la province de Castellón qui ouvrent leurs portes à la visite, faisant de ce cluster de la céramique « le point de rencontre d’une série d’activités et de propositions promues par les entreprises adhérentes à Tile of Spain à un moment clé du calendrier » qui était jusqu’alors celui du salon Cevisama de Valence, dont la dernière édition, sous sa forme indépendante, a eu lieu en février 2025.
♦ Les chiffres prévisionnels pour 2025 ont été présentés à cinquante médias internationaux lors d’une table ronde, à laquelle participaient Ismael García Peris, président de l’Ascer, Pablo Conde, directeur général du commerce international d’ICEX, et Miguel Nicolás, vice-président de l’Ascer et de l’Institute of Ceramic Technology (ITC).













