Le CES 2026 marque un tournant : la santé à domicile, passant de la prévention à la prédiction, glisse vers l’optimisation continue. Connectés, miroirs, cuvettes WC et autres inventions promettent même d’aider à ralentir, inverser, voire stopper le vieillissement biologique. Une quête d’absolu qui, aspirant à prolonger la vie à l’infini, érigerait la salle de bains en bastion de la régénération.
Depuis toujours l’humanité aspire à l’éternité. Bien des cultures, des religions et des légendes ont fait de l’eau, vectrice de principes actifs, pour ne pas dire magiques, une matrice d’immortalité. De la fontaine de jouvence qui efface les traces du temps au bain sacré symbole de renaissance au travers du baptême ou des ablutions, en passant par les élixirs de longue vie et portions d’immortalité des alchimistes… Des histoires anciennes qui nourrissent l’inconscient collectif…
Le corps sous surveillance intime
Avec l’avènement de l’IA, les objets connectés dédiés à la santé ont muté, traquant au quotidien un faisceau toujours plus large de biomarqueurs pour améliorer l’accès aux soins (et pallier le manque de médecin). Que les analyses soient biologiques ou optiques, elles transforment les toilettes et la salle de bains en un lieu d’autodiagnostic. Avec ces mini-laboratoires intégrés dans des équipements domestiques, nos pièces d’eau n’accueillent plus seulement les rituels (et les basses besognes) liés à l’hygiène : elles sont en train de devenir une interface privative entre l’humain et ces données, dont elles permettent la collecte.
De cette data, convertie par des algorithmes, naît un nouveau langage qui, fait de conseils et de consignes à la portée de chacun, vulgarise la science, dépassant la « simple » compilation. Plus préventive que curative, cette médecine du quotidien – celle dite des 4P (personnalisée, préventive, prédictive, participative) – cherche à repousser les limites du corps en offrant à l’homme des clés pour être l’acteur de sa propre longévité.
La longévité, nouvelle promesse marketing
Miroirs qui prédisent l’âge biologique, toilettes analysant nos fluides, rituels de beauté augmentés par l’IA jusque dans la douche : au CES 2026, santé prédictive, beauté et fantasme de régénération se confondent volontiers.
L’immortalité inspirant le marketing, un récit inédit émerge, à l’appui de notions clés puisées, traduction faite, dans le même champ lexical : « longévité », « rajeunissement », « régénération »… L’accent est désormais mis sur des promesses, dont les bénéfices s’apprécient sur le (très) long terme. Car si les innovations exposées cette année mesurent nos signes vitaux, c’est pour anticiper – et in fine contrer – le vieillissement. Il ne s’agit donc plus seulement de devancer les maladies (et leurs causes sous-jacentes), mais d’optimiser son corps en permanence. Par la surveillance continue qu’ils exercent, les algorithmes nous invitent à défier la mort. L’immortalité commencerait-elle au sein de la salle de bains, devenue un bastion contre le vieillissement ?
La douche, résurgence de la fontaine de jouvence : Rejuvenation Shower System (Balance AI/Ceragem)
Lauréat d’un Innovation Award (CES 2026 Honoree/catégories Beauty Tech & Smart Home), Balance AI Rejuvenation Shower System de Ceragem (Corée du Sud) est un système de douche intelligent qui associe l’hydrothérapie classique à des soins dermatologiques personnalisés(photo ci-contre, à gauche). La commande de la robinetterie est combinée à un miroir-écran d’affichage, évaluant en temps réel l’état de la peau grâce à une technologie sans contact, ni caméra intrusive. Ce sont des capteurs infrarouges et spectraux qui analysent en détail l’état de la barrière cutanée (hydratation, sébum, élasticité, pigmentation, micro-reliefs) afin d’ajuster, selon les besoins détectés, le pH (électrolyse, échange d’ions)… Alignées sur le côté, des cartouches permettent l’ajout automatique, dans le flux d’eau, d’un cocktail calibré d’actifs anti-âge (acide hyaluronique, niacinamide, peptides, vitamines). Un concept basé sur des consommables qui nous évoque la Purefoam déjà commercialisée par Grohe (ISH 2025), dont la douchette délivre une onctueuse mousse lavante, jumelant déjà la cosmétique et le bien-être. Ou encore le nouveau pommeau Water Saver Dose de L’Oreal Professionnal (CES 2026 Honoree/catégories Beauty Tech), qui délivre cette fois des micro-doses encapsulées de soins capillaires afin d’éviter la surconsommation d’eau et de produits, au bac des coiffeurs comme à domicile (photo ci-dessus, à droite). Une (al)chimie de l’eau personnalisée qui révolutionne la routine skincare et ouvre de nouvelles perspectives dans l’espace douche.
Le miroir comme oracle : Longevity Mirror (NuraLogix)
Devenu intelligent, le miroir se mue en objet-oracle, qui ne reflète plus seulement l’apparence, mais devient un puissant outil de santé prédictive. Le Longevity Mirror de NuraLogix (Canada) lit sur le visage un certain nombre de paramètres biologiques, à commencer par le flux sanguin dont la technologie Transdermal Optical Imaging (TOI) capture les micro-variations, invisibles à l’œil nu (photo ci-dessus). Sans prélèvement, trente secondes en face à face lui suffisent pour décrypter – et donner à voir – notre « avenir biologique », exprimé sous la forme d’un score global de longévité et de santé (Longevity Index), sur une échelle de 1 à 100. Comme la beauté, la santé n’est plus seulement visible, elle devient mesurable. En parallèle de son âge physiologique, l’utilisateur découvre aussi de multiples sous-scores (risques cardiovasculaires, métabolisme, santé du cœur, stress mental). En plus des recommandations formulées gracieusement par l’IA pour améliorer son mode de vie (sommeil, nutrition…), il pourra s’abonner à un coaching premium (One-Touch Health Concierge, service en option).
La balance loge une « station santé de longévité » : Body Scan 2 (Withings)
Les pèse-personnes, devenus multifonctions, sont sans cesse upgradés. Primée aux Innovation Awards (CES 2026, Honoree/catégorie Embedded Technologies), la toute nouvelle balance développée pour les patients et les prestataires de soins de santé par Withings (France), se présente comme un poste de santé avancé. « Dix-sept ans après avoir créé la première balance connectée, Body Scan 2 décode la machine humaine en 90 secondes, du cœur jusqu’aux cellules », en plus de la composition corporelle (photo ci-dessus). Pour prévoir plutôt que réagir, un maximum de données sont mesurées grâce à des technologies de grade médical inédites à domicile. Soixante biomarqueurs validés cliniquement étayent un bilan de santé de plus en plus complet : fonction de pompage du cœur, système nerveux, état des artères, notification du risque d’hypertension, vitalité cellulaire pour détecter précocement les signes de ralentissement métabolique et d’inflammation de bas grade à l’origine de fatigue chronique, de prise de poids et d’un vieillissement prématuré, régulation glycémique qui traque, à un stade réversible, les premiers signes d’insulino-résistance… Autodéclarée « première station santé de longévité », cette balance incarne une avancée majeure selon Eric Carreel, fondateur et président de Withings : « Pendant des décennies, la prévention a majoritairement échoué parce que l’impact de notre mode de vie sur notre corps restait invisible. Body Scan 2 apporte le chaînon manquant. En révélant l’impact tangible, au quotidien, de nos choix sur les indicateurs clés du corps, nous permettons aux utilisateurs de voir que le changement est nécessaire et possible. »
Les toilettes, de l’excrétion au signal vital : Smart Toilet (Vovo)
En automatisant les analyses urinaires et/ou fécales, la cuvette (par le biais des objets connectés qui s’y logent) assure un suivi en continu, de façon passive. Le dernier acte de la digestion, autrefois tabou, devient le sujet d’une nouvelle forme d’intimité, pas forcément décomplexée, mais jugée utile. Ce qui était rejet, historiquement associé à l’impur, au déchet, au caché, devient information, bon à être mesuré, stocké, interprété. Riches d’enseignements, les déchets corporels participent dès lors au fantasme de contrôle du vivant et leur lieu d’excrétion devient l’un des postes de veille avancé de la santé.
Doté des technologies premium attendues pour un WC lavant, le Smart Toilet Neo TCB 090SA de Vovo (Corée du Sud) embarque un capteur d’analyse d’urine, qui emboîte le pas au U-Scan de Withings, au Dekoda de Kohler, au Smart Toilet de Throne…, eux aussi montrés au CES 2023. Là, les résultats s’affichent au mur, sur un moniteur (photo ci-dessus, à gauche). L’autre idée forte, originale cette fois, c’est d’avoir couplé cette surveillance passive à un système d’alerte sécurisant le maintien à domicile des personnes âgées. Lorsqu’il estime l’utilisateur en danger de déshydratation (aucun passage sur la cuvette depuis 8 à 10 heures, qui peut aussi indiquer une chute ou un malaise), ce programme-vigie adresse aux proches et/ou soignants une notification par téléphone. Baptisé avec humour « Jindo the dog » (en référence à une race de chien coréen), ce concept malin (et donc dévoué à son maître) aura séduit le jury des Innovations Awards (CES 2026 Honoree/catégorie Smart Home).
A noter, dans ce même registre du diagnostic microfluidique : sur le salon, la startup Vivoo (Etats-Unis) s’est attaquée à un autre tabou, celui des règles, en présentant FlowPad, une serviette hygiénique connectée (prix unitaire annoncé autour de cinq dollars)(photo ci-dessus, à droite). Le sang collecté permet de mesurer le taux d’hormone folliculo-stimulante (FSH), pour un suivi de la fertilité, des fluctuations hormonales en pré-ménopause ou la détection des infections…
Illustration en ouverture: image générée par IA.
Claudine Penou
Claudine Penou, journaliste professionnelle, travaille depuis plus de 20 ans en presse écrite (professionnelle et grand public), développant en parallèle des activités dans l’édition et la communication.... [...]