Ces lauréats-là ne devraient pas débarquer de sitôt en France où ils ne sont pas commercialisés, même si les groupes auxquels ils appartiennent ne nous sont pas inconnus et/ou déclarent vouloir viser l’Europe. Ces produits lointains méritent pourtant d’être mis en avant, porteurs d’une vision innovante qui pourrait incarner, y compris chez nous, les futurs standards en termes d’usage, d’efficience, de confort…
Avec plus de 10 000 dossiers de candidature déposés en 2026, en provenance de 68 pays, la portée internationale des iF Design Awards ne fait aucun doute, dont les gagnants incarnent selon l’organisateur « la référence mondiale en matière d’excellence créative ». La promesse de ce prix lancé en 1954 est implicite : montrer à quoi ressemble le design appelé à devenir la norme demain et in fine valider les grandes orientations qui (dé)feront les marchés. Il ne s’agit plus d’observer simplement la forme, mais la manière dont elle transforme les usages en rendant la technologie désirable. Quatre autres critères, complémentaires, sont ainsi appréciés par le jury d’experts : le concept, la fonction, la différenciation et la durabilité. iF it works, it wins !
Déjà mis en lumière au CES de Las Vegas et de nature à faire de « la salle de bains un nouvel espace pour comprendre les signaux du corps et soutenir le bien-être proactif », le Dekoda de Kohler a décroché l’iF Gold Design Award 2026, « transformant les toilettes en une source de tracking personnel qui révèle l’hydratation, la santé intestinale et d’autres indicateurs subtils tels que la présence de sang. » Notre sélection (tout sauf exhaustive) porte sur des innovations non distribuées en France qui, primées en 2026 par les iF Design Awards, pourraient bien changer un jour le visage de la salle de bains autant que ce que l’on y fait. De petites révolutions qui font les grandes et soulèvent d’intéressantes questions.
Et si, en rapetissant, le sauna prenait plus place… dans nos vies ?
Basée à Tokyo, la Cal Inc. miniaturise la cabine de sauna Toy, dont l’encombrement est celui d’une armoire à linge. Malin, ce concept deux-en-un intègre justement une fonction séchoir, pour étendre les vêtements qui viennent d’être lavés. Certes, ce sauna « jouet » répond à une problématique typiquement asiatique, où le taux d’humidité ambiant rend quasi impossible le séchage des textiles à l’air libre. Mais la compacité et la multi-destination de l’objet montrent une volonté d’intégrer le wellness dans la routine quotidienne, la marque estimant qu’il est « vital de renforcer la valeur de la guérison à l’intérieur de la maison ». Livré en kit, rapidement assemblé, il passe d’un équipement ponctuellement utilisé à un objet polyvalent dont l’utilité ne peut être discuté. Fini le sauna relégué au sous-sol, à la salle de sport ou au spa… Une relocalisation au cœur du foyer qui lui permettrait trouver une vraie place dans nos vies, dans les routines du matin ou du soir.
La compacité et la multifonctionnalité sont aussi des éléments clés du sauna Eine, présenté par la même firme. Celui-ci questionne plus encore la notion d’occupation de l’espace. Conçu comme un élément central du mobilier, il prend la forme d’une banquette et nous évoque les lits-coffres qui permettaient au Moyen Âge de contenir la chaleur une fois l’espace clos. Ici, les parois vitrées se referment pour composer un genre de box climatisé, comme on en trouve en Asie dans certains restaurants. Sauf qu’il ne s’agit pas de rafraîchir l’air, mais de faire transpirer l’utilisateur. Précisant que Eine signifie « un » en allemand, Cal Inc. dit vouloir que le sauna se fonde naturellement dans le salon, pleinement intégré à l’habitat. Son ambition : offrir un « espace personnel pour se reconnecter avec soi-même, en réchauffant le corps, en éclaircissant l’esprit et en rétablissant l’équilibre. » Dans un esprit slow life, cet espace de décompression fonctionnerait ainsi comme une sorte de salon thermique, qui invite à lire, à engager une conversation sans écran… mais avec sudation.
Et si, en fusionnant avec le point d’eau, la buanderie gagnait en praticité ?
Parvenir à caser une machine à laver dans un studio est souvent une gageure… Et dans les logements où les m² ne manquent pas, la séparation entre le lieu où l’on se lave et celui où l’on fait sa lessive ne fait pas vraiment sens, obligeant à transporter d’une pièce à l’autre ses vêtements… Sans parler du linge délicat qu’il est plus avisé de faire tremper dans la cuve du lavabo que dans celle de la machine à laver… Cette distorsion, Joomo la solutionne avec un produit hybride, qui intègre une micro-laverie à l’intérieur même du meuble-vasque. Pratique, la centralisation des besoins repose ici sur celle, technique, de l’alimentation en eau, en électricité…
Personnalisable (un, deux ou trois tambours), le G5 iWash se définit ainsi comme « une armoire de blanchisserie et de salle de bains ». Le registre inférieur étant voué au lavage du linge, c’est en hauteur, derrière le miroir, que sont stockés les produits de beauté et d’entretien, du corps comme des textiles.
Au-delà de la synergie des fonctions, le fabricant chinois confère à son concept gain de place (et de temps) une mission de « santé », qui reposerait sur un « module de micro-blanchiment intégré » (sans plus de précisions). Il dit aussi avoir étudié les volumes et l’architecture du plan-vasque afin d’éviter les « problèmes d’éclaboussure de l’eau pendant le lavage des cheveux des femmes et le toilettage des enfants. »
Et si, pour ne pas gâcher l’eau froide dans la douche, il suffisait de créer un point de collecte ?
Voilà un concept qui brille par sa simplicité. La société chinoise Xiamen Lota International Co.Ltd a développé un mitigeur thermostatique qui entend participer à la réduction notable de la consommation d’eau et d’énergie dans les foyers équipés d’un système de production d’eau chaude sanitaire. Alimenté par l’énergie hydroélectrique, le ThermoX est équipé d’un bouton poussoir original, destiné à « l’égouttage de l’eau froide », qui consiste à récupérer celle stockée dans les canalisations avant l’arrivée de l’eau chaude. Aux utilisateurs de placer le récipient de leur choix (seau, arrosoir…) sous le flux afin de le transformer en ressource exploitable, pour faire le ménage, arroser les plantes vertes… Grâce à des capteurs, un double affichage sur écran LCD (température, volume d’eau écoulé) incite en parallèle à réduire le gaspillage… et la durée de la douche, rendant visibles les efforts (ou leur absence), dans une visée pédagogique.
Certes, l’idéen’est pas nouvelle. Nombreux sont les foyers qui conservent un baquet pour « purger » leur douche. D’ailleurs, Ikea n’a pas manqué d’investir ce créneau avec sa gamme Bergvattnet bleu flashy (tuyau déviateur, seau plastique, compteur de douche). Mais le ThermoX affiche une esthétique minimaliste, qui fait passer les bricolages maison dans une autre dimension et confirme l’intégration, sur tous les segments, des enjeux écologiques.
Et si la qualité de l’air participait à l’hygiène… et plus encore ?
Evacuer l’humidité dans la salle de bains nécessite une bonne ventilation. Plusieurs produits récompensés se penchent avec inventivité sur le sujet, redonnant de l’air à l’air. Là encore, l’affaire intéresse au plus haut point en Asie, où le développement de moisissures est un fléau domestique. Mais elle pourrait aussi séduire nos contrées, soumises au réchauffement climatique.
Faisant remarquer que la pièce la plus intime de la maison, fermée sur elle-même, évolue « au-delà de l’hygiène en espaces de repos et de récupération », le coréen LG Electronics a mis au point un Bath Air System qui, doté d’une large aube tournant à 180° pour diffuser le flux d’air, agrège ventilation, chauffage, stérilisation et déshumidification.
Le G60 de Joomo ne se contente pas de réchauffer l’atmosphère avec son flux en spirale à 360°, il la purifie. Pour cela, le module est doté d’un filtre qui cible les germes et les bactéries en milieu humide, précisant qu’une « IA intégrée surveille la zone pour un air sec, propre et hygiénique ». La nuit, une lumière douce s’active lorsque la présence d’un utilisateur est détectée.
Un éclairage d’ambiance équipe également le ventilateur multifonction du coréen Samwoo DNS Co., Ltd. Dans un seul appareil, son modèle Verjen offre un combo avec ventilation, chauffage, déshumidification et purification de l’air.
Et si la douchette n’était plus seulement un outil de rinçage, mais une plateforme modulable de soins ?
American Standard (Lixil) entérine le fait que « les espaces de douche évoluent, passant du nettoyage de base à diverses expériences qui tendent vers l’autosoin ». Avec sa douchette à main DuoCare, la beauty tech fait un pas de plus dans la salle de bains. Texturé, l’embout en silicone peut se prêter au massage antistress du cuir chevelu, à l’exfoliation douce du visage ou encore au gommage plus appuyé du corps. En association avec un panel de jets d’eau sous pression, l’effet cosmétique est adapté aux peaux sensibles (Cleanser Plus microbubble). Comme avec une brosse à dents électrique, il suffit de changer de tête en optant pour tel ou tel type de picots, plus ou moins denses et souples…
Le soin se greffe sur un rituel déjà existant, celui de la douche, sans ajouter d’objet encombrant. Une tendance se confirme : la salle de bains du futur ne mise pas sur une multiplication des appareils, mais sur des gestes multifonctions.
Claudine Penou
Claudine Penou, journaliste professionnelle, travaille depuis plus de 20 ans en presse écrite (professionnelle et grand public), développant en parallèle des activités dans l’édition et la communication.... [...]