Le centre de gravité du bien-être glisse doucement de la relaxation physique et sensorielle à la régulation mentale, désormais ciblée. Un changement de paradigme que confirme le CES 2026 avec des propositions toujours plus holistiques, qui par l’intégration de neuro-technologies, contribue(ro)nt à redéfinir, jusque dans la salle de bains et au spa, la notion de wellness.
Alors que l’IA appliquée au bien-être psychologique figurait au programme du Digital Health Summit lors du CES 2026, une table ronde intitulée « La santé mentale à l’ère du numérique » était organisée à l’occasion de la dixième édition des Grandes Tendances de l’e-Santé 2026 [1]. Listant celles qui transformeront dans un futur proche le bien-être et la santé, le rapport annuel du Global Wellness Summit (GWS), publié fin janvier, pointe la montée en puissance du neuro-wellness, « passé de niche à mainstream ». L’organisation souligne l’explosion des neuro-technologies visant le grand public : appareils de stimulation du nerf vagal (Pulsetto (en photo ci-contre), oreillette Nurosym, ZenoWell…), bandeau-électroencéphalogramme pour favoriser le sommeil (Elemind…), plateformes de neurofeedback (Myndlift, Muse, Sens.ai…). Le GWS note également l’autorisation de mise sur le marché accordée par la FDA américaine au Flow FL‑100 de Neuroscience, premier dispositif non invasif de neuro-modulation destiné à traiter la dépression à domicile. Déjà en achat ou location depuis 2019 dans l’UE (mais pas que), ce casque stimule les zones du cortex cérébral régulant l’humeur au moyen d’électrodes diffusant un courant électrique continu de faible intensité. En conclusion de son rapport, le GWS prévient : « Attendez-vous à ce que la recherche cerveau-corps, y compris l’accent mis par [l’université de] Stanford sur les connexions à tout le système, pousse le neuro-wellness dans les espaces quotidiens […], discrètement intégré à la vie moderne. »
Du bien-être classique vers le neuro-wellness
« Un esprit sain dans un corps sain » [2]. Incarnation de l’esprit des thermes antiques, cette formule conditionne depuis des siècles la santé psychique à celle physique, l’une étant littéralement piégée à l’intérieur de l’autre. De là découle sans doute le vieil axiome qui veut que la détente du corps entraîne celle de l’esprit, et non l’inverse. Selon cette logique, dans la définition du bien-être que nous connaissons aujourd’hui, le mental n’est qu’indirectement concerné, corollaire d’un lâcher-prise général qui résulte lui même d’un ensemble de stimuli sensoriels, dont la synergie est cultivée par un cumul de fonctionnalités. Pour des effets démultipliés, la chromothérapie accompagne depuis longtemps l’hydromassage, comme l’aromathérapie participe à l’apaisement dans la vapeur enveloppante du hammam…
Au regard des innovations présentées lors du salon de Las Vegas, le bien-être de l’esprit ne repose plus sur cet effet secondaire, jusqu’alors implicitement espéré. Dans un monde sous tension, la réduction du stress et de l’anxiété sont devenus des objectifs explicites. Pour les atteindre, le wellness ne s’adresse plus seulement aux muscles, mais directement au cerveau, siège de ces déséquilibres du système nerveux !
Du moment off à la routine active
Ce changement n’intervient pas de façon isolée. Dans une salle de bains qui, au sein de l’habitat, s’érige progressivement en citadelle de la santé (si possible) éternelle, les objets connectés assurent déjà un suivi journalier. Un tel espace de santé personnelle répond à une vision holistique, où physique, mental et données de santé multifactorielles interagissent en permanence. Formant un écosystème conversationnel, miroirs, capteurs, balances, pods et autres accessoires portables (wearables) offrent une lecture continue de l’état de la personne.
A l’appui de ces dispositifs conçus pour des usages courts et répétés, la quête du bien-être évolue à son tour. Devenue plus globale, elle ne sera bientôt plus plus la parenthèse isolée, le moment off ponctuel que l’on s’accorde. La dimension de plaisir immédiat – dont la perception est difficilement mesurable au regard de l’expérience, subjective – tend à s’effacer au profit d’une recherche de bénéfices durables : les effets cumulatifs seront détectés, quantifiés et valorisés sur le long terme par les différents indicateurs de mieux-être.
Ainsi, se rapprochant de la prévention santé sans être médicalisé, le wellness du futur se positionne davantage comme une aide à l’individu, lui permettant de mieux fonctionner par la mise en place de pratiques durables, basées sur scénarios d’usage personnalisés qui vont au-delà du confort et du lâcher-prise. Grâce aux données physiologiques et autres recommandations comportementales formulées en permanence par l’IA, le bien-être devient alors moins passif, plus conscient. Associé à un maximum de routines, du réveil à la décompression après une journée de travail, en passant par la préparation à un sommeil réparateur, le bien-être s’installe dans le quotidien. Comme pour la santé, l’utilisateur dispose de clés pour comprendre et piloter sur-mesure son propre bien-être, à l’instar du Longevity Mirror de NuraLogix qui calcule le stress mental.
La promesse du bien-être évolue, ce qui devrait faire bouger les lignes de l’hydrothérapie, de la balnéo, du spa… Pour nous mettre sur la piste de ce qui nous attend, les exemples commencent à affluer. Le disruptif Home Therapy Booth 2.0 avec Coach Mental AI de Ceragem (en photo ci-contre), salué par un Award de l’innovation (CES 2026 Honoree/catégories Artificial Intelligence et Smart Home), prend la forme d’une cabine (et pourquoi pas de douche ?) à visée régénératrice. Dans dans cet espace adaptif, en fonction des bio-données de l’utilisateur (respiration, fréquence cardiaque, température cutanée…), l’IA lui crée une plage réparatrice, adaptant température, oxygène, lumière, son, arôme, méditation visuelle… Tel un cocon ne imant déjà plus avec science-fiction (en précommande, 29 999 00 $), le caisson de vapeur Body Jet du coréen U-Mine (en photo ci-contre), se distingue aussi par ses programmes adaptatifs (Cure, Sport, Healing, Detox, Silver, Kids…) et dépasse la relaxation passive, ciblant la circulation, le métabolisme, la récupération musculaire (…) tandis que la capsule de régénération cognitive Reconcept (France), qui annonce combiner zéro gravité, thérapie fréquentielle et neurosciences, déploie un panel de « séances guidées pour apaiser le système nerveux autonome, améliorer l’endormissement, la gestion des émotions, l’attention » (…).
[1] Evénement annuel porté en France par Interaction Healthcare, qui vient d’avoir lieu à la Station F et accessible en ligne.
[2] Extrait de la 10e Satires du poète romain Juvénal, écrites entre 90 et 127 de notre ère.
Illustration en ouverture : image générée par l’IA.
















