Le chrome 6, susceptible d’être toxique au niveau industriel, pourrait être bientôt interdit en Europe. Alors que plusieurs alternatives s’offrent aux robinetiers – y compris celle d’aller chromer ailleurs –, on peut imaginer que cette contrainte, qui vient s’ajouter à d’autres, accélérera la mutation, discrètement entamée, de la robinetterie de salle de bains.
La problématique du chrome 6 se situe au moment du traitement de surface des robinetteries, obtenu par trempage dans des bains électrolytiques contenant le métal. Les vapeurs de chrome, toxiques, sont alors susceptibles d’être inhalées, en particulier par les opérateurs, tandis que des pollutions accidentelles peuvent se produire (fuites ou autres).
Vers une interdiction du chrome 6 ?
C’est pourquoi en 2017 le chrome 6 est entré dans la liste SVHC des substances soumises à autorisation (annexe XIV) du règlement Reach, obligeant les industriels – grands robinetiers, notamment allemands, mais aussi fournisseurs de chrome agissant pour le compte de leurs clients –, à déposer des demandes d’autorisation et à prouver qu’ils respectaient à la lettre les directives en vigueur sur les émissions industrielles.
En 2023, la Commission européenne a lancé un processus de restriction du chrome 6, le rapprochant ainsi d’une éventuelle proscription dont les conséquences ont fait l’objet d’une consultation publique achevée en décembre 2025. Un avis de l’Echa – European chemicals agency – est à suivre, qui sera formulé après l’analyse des bénéfices (pour l’environnement) par rapport aux risques (socio-économiques). Selon Sébastien Spriet, responsable du service Certifications/Essais/Environnement chez Delabie et spécialiste du sujet, la décision, qui ne devrait pas intervenir avant fin 2027, se fera très probablement en faveur de l’interdiction, avec sans doute un délai de mise en application. Quoi qu’il en soit, les industriels de la robinetterie s’y préparent.
Bientôt la fin du robinet chromé ?
Est-ce la mort programmée du robinet chromé ? Non ! D’abord parce que cette interdiction ne s’appliquera que dans les 27 pays membres de l’Union économique européenne, auxquels s’ajoutent la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein. Mais pas dans ceux qui, tels la Serbie, le Royaume-Uni, la Suisse, la Turquie…, n’en font pas partie et, au-delà, l’Asie, l’Inde, les Amériques… Soit autant de pays et de continents qui ne seront (sans doute) pas empêchés de livrer partout dans l’UE leurs robinets au chrome 6…
Ensuite, il y a le chrome 3, même s’il présente des inconvénients. Par exemple, il est moins résistant, notamment à l’abrasion, et moins brillant d’aspect. Son application est plus complexe, du fait de sa sensibilité aux conditions des bains de chromage (température, niveau de pollution, etc.) et de sucroît plus énergivore et longue, ce qui majore les coûts. Enfin, l’utilisation du chrome 3 implique, nous dit-on, celle d’autres composés chimiques, eux-mêmes inscrits dans la liste des substances SVHC… Ce qui pourrait compromettre à plus ou moins long terme l’avenir de cette solution.
Encore peu d’alternatives au besoin de chromer
Si le chrome 3 a ses limites, qu’en est-il du PVD ? Sur le laiton, celui-ci n’est pas déposé directement, mais nécessite une couche de chrome afin d’assurer la protection du matériau contre la corrosion. De même pour le zamac, alliage de zinc utilisé depuis longtemps pour les manettes et collerettes, et plus récemment pour les corps des robinets (l’eau circulant alors dans un tube en polymère, le zamac n’étant pas « alimentaire »). En revanche, l’inox permet de s’affranchir du chrome, qu’il soit brossé, poli ou coloré via une finition PVD, directement applicable.
Ainsi, plus que la finition, l’enjeu est le matériau de base de la robinetterie, d’autant que les prix du cuivre, qui compose majoritairement le laiton, se sont envolés. Et c’est sur le matériau que les industriels concentrent aujourd’hui leurs efforts. On a déjà vu apparaître le polymère, notamment chez Grohe, Hansa, Schütte…, ainsi que l’aluminium chez Ideal Standard (Alu+). Si ce métal nécessite également de faire circuler l’eau dans un tube, il peut être anodisé (comme les profilés des parois de douche), répondant ainsi aux trois problématiques actuelles : celles du laiton (coût et teneur en plomb), de la finition (Chrome6/Chrome3) et de l’impact carbone (dont la recyclabilité). De plus, industriellement parlant, l’aluminium est plutôt souple, pouvant être extrudé ou moulé sous pression. Ce qui n’est pas le cas de l’inox, peu conciliant du point de vue du design, même s’il peut être injecté.
Car le design, qui permet la différenciation et la montée en gamme, est l’autre défi majeur pour les robinetiers.
Photo : Usine Grohe, Hemer (Allemagne).
















