Sur le salon du meuble de Milan 2026, un stand cultivait le mystère, masqué par d’épais rideaux. Derrière, seul en scène, le prototype d’un lavabo d’un genre nouveau : suspendu par des cordages, le Washbowlamp s’affranchit du mur. Hybridant point d’eau, rangement et éclairage, cette création disruptive du studio Haut façonne « un élément architectural multifonctionnel, tout en enrichissant l’expérience spatiale et la valeur du produit dans l’environnement de la salle de bains. »
Au point d’eau, la typologie se définit historiquement selon deux axes : à poser, la vasque fonctionne avec un plan toilette et/ou un meuble, tandis que le lavabo désigne une cuve fixée au mur, avec ou sans colonne. Imaginé par l’architecte Mina Yaney du studio Haut dont les « identités entrelacées » sont l’axe de développement, le Washbowlamp ne se classe dans aucune de ces catégories : par son design original (dûment protégé), il entend transformer le point d’eau, dont la forme n’a guère évolué depuis l’Antiquité.
Défier la gravité en s’affranchissant du mur
Sa connexion avec le mur est indirecte, assurée par des cordages, qui nous évoquent tout à la fois les haubans des voiliers, les ponts et viaducs à câbles porteurs ou encore, dans un registre plus domestique, les hamacs… Ce qui soutient n’est plus dissimulé, mais au contraire mis en valeur par sa couleur vive et sa nature textile, faussement fragile : rendant perceptible une tension d’ordinaire invisible, ces amarres maintiennent et équilibrent le point d’eau tout en étant un élément à part entière du décor. En remplaçant l’appui par la tension, cette approche transforme l’équipement sanitaire en élément architectural.
Jusqu’alors, dans la salle de bains, l’utilisation (rare) de filins métalliques ou de gros cordages était réservée à la suspension de miroirs et/ou d’accessoires, vue chez Ever Life Design (Ring, design Monica Graffeo, 2018) ou chez Agape (Bucatini, design Fabio Bortolani et Ermanno Righi, 1997).
L’hybridation des fonctions
En apesanteur, suspendu dans le sens premier (et véritable) du terme, le Washbowlamp ne se distingue pas seulement par son système d’installation. Sa structure cylindrique, imprimée en 3D à partir de PLA biosourcé et revêtue d’une couche de résine pour assurer durabilité et résistance à l’eau, fait la part belle à l’évidement. Offrant dans une sorte de rondin une simple (L 90 cm) ou double cuve (L 130 cm), elle exploite ce creux pour y loger une lampe de chantier étanche diffusant la lumière par effet de transparence. Un espace de rangement sous cuve peut également recevoir des serviettes de toilette, une fonction n’empêchant pas l’autre (ni les évacuations qui se situent au même endroit). Lavabo, luminaire et rangement sont réunis en un seul point (d’eau).
Un équipement banal devient un objet sculptural
Avec cette nouvelle catégorie de mobilier, Mina Yaney cherche à ouvrir la salle de bains sur l’espace domestique en réunissant plusieurs fonctions dans un même objet. L’architecte explique son concept : « En associant eau, lumière et rangement, elle réduit la fragmentation de l’espace salle de bains et offre une solution plus efficace et mieux intégrée. Cette approche simplifie non seulement la planification et l’installation, mais accroît également la valeur de chaque élément en les fusionnant en un seul produit. Il en résulte un système qui améliore la convivialité tout en offrant une expérience spatiale et atmosphérique plus riche. En tant que système hybride, la Washbowlamp instaure une nouvelle logique produit où fonctionnalité, infrastructure et expérience ne sont plus dissociées, mais conçues comme un tout. Notre solution hybride réduit la complexité de la planification, augmente la valeur de chaque produit et permet un positionnement différencié et plus attractif sur le marché de la salle de bains. L’intégration de multiples fonctions en améliore l’usage, tandis que ses qualités atmosphériques et expérientielles favorisent un lien plus fort entre l’utilisateur, l’objet et l’espace. Cette relation dépasse le simple cadre de l’utilisation : les objets auxquels on accorde de la valeur sont conservés. La durabilité s’inscrit ainsi non seulement dans l’efficacité matière, mais aussi dans la pertinence de l’objet au fil du temps. Les utilisateurs sont davantage enclins à conserver le produit et à l’emporter avec eux lors d’un déménagement, prolongeant ainsi son cycle de vie. »
Sur la base de ce prototype (conçu en Autriche) et présenté comme prêt pour l’industrialisation (en Italie), Haut précise que sa fabrication additive (par couches successives) permet une utilisation précise des matériaux et la personnalisation (sur mesure possible). Pour l’Europe, et sous réserve du développement industriel final, le prix de vente indicatif de ce point d’eau, y compris l’éclairage et la zone de stockage, est annoncé autour de 1 800 euros, pour le modèle simple, et environ 3 200 euros pour la version double.
Photos : Haut, Mina Yaney.














