Dans l’histoire du design, la collection Ponti Z, complète, a fait date. Lancée à l’échelle industrielle en 1954, d’aucuns la considèrent comme la première revendiquant la signature d’un architecte de renom : Gio Ponti. Lors du Cersaie 2026, Mamoli dévoilait la réédition de ce best-seller qui a contribué à faire émerger une vision globale de la salle de bains.
Fraîchement diplômé de l’École polytechnique de Milan dans laquelle il reviendra enseigner au faîte de sa carrière, Gio Ponti (1891-1979) découvre la céramique auprès de la manufacture florentine Richard Ginori où sa créativité s’exprime de 1923 à 1933. Lauréat du Grand Prix à l’Exposition universelle de Paris en 1925 pour ses vases et objets décoratifs en majolique ou porcelaine, il fonde ensuite la revue mensuelle Domus (éditée depuis 1928) qui entend accompagner la modernisation de la société en prônant la convergence entres les arts qui « se chevauchent à jamais dans l’espace architectural ».
L’un des pères-fondateurs du design transalpin
Portant distinctement le nom de son créateur, Ponti Z marque l’entrée de la salle de bains dans une nouvelle ère, celle du design, a fortiori italien. Gio Ponti officie alors en tant que directeur artistique d’Ideal Standard. A Milan, la mission que lui confie la firme n’est pas d’étudier « de nouvelles formes pour ses appareils, ce qui n’aurait été qu’une variante de plus, mais leurs formes véritables, c’est-à-dire les formes qui, dans leur essence même, se rapprocheraient de ces caractéristiques formelles typiques qui identifient définitivement une chose ». En clair, il s’agit de concevoir un archétype familier, de nature à emporter instinctivement l’adhésion du plus grand nombre, au-delà de la dimension utilitaire de l’objet et de la pièce elle-même : la « forma vera » chère à Ponti (forme véritable).

Des fonctions différentes, mais une grammaire formelle unique
Avec Ponti Z, la salle de bains passe en mode projet, au diapason d’une seule vision et envisagée dans sa globalité, pensée en amont par l’architecte. L’agencement de la pièce ne se résume plus à l’addition de produits isolés, au style souvent disparate. La relation entre chaque élément est harmonisée : forme, couleur, proportions… Profondément novatrice, cette approche du dessin comme principe organisateur d’un Tout cohérent rencontre un grand succès commercial [2], qui contribue à faire émerger une vision globale de la salle de bains, participant tout à la fois à sa montée en gamme et à sa démocratisation.
Destinée à être fabriquée en masse, cette gamme d’appareils sanitaires en céramique qui a su « rompre avec les codes de l’époque grâce à un langage épuré » a parfaitement traversé le temps, fidèle à l’adage de son auteur pour qui « une architecture n’est vraiment belle [que] si elle l’est encore cinquante ans après sa création ». Mamoli, poursuivant son travail de réédition des « Maestri » en faisant revivre ses collaborations d’autrefois [3], a donc repris le fil de l’histoire en rééditant la collection produite initialement par Ideal Standard jusque dans les années 1970, laquelle a également donné lieu à une réinterprétation par Roberto Polomba en 2021.
70 ans plus tard, l’icône renaît
La relation entre l’architecte et Mamoli est antérieure au lancement initial de Ponti Z. Le robinetier défend l’idée que c’est « notamment à son amitié avec Spartaco Mamoli [que] Ponti commence à s’intéresser à l’univers de la salle de bains », créant en particulier une robinetterie dont la manette étoilée (1953) assure une parfaite préhension avec trois doigts dans une recherche « physiologique et non géométrique ». Désormais disponible en finitions chrome, inox brossé, laiton brossé, nickel brillant et cuivre brossé, la collection a récemment intégré des accessoires de salle de bains.
Après cette collection de robinetterie baptisée Gio Ponti, le lavabo sur colonne de Ponti Z arbore la géométrie trapézoïdale de la cuve originelle, pensée pour libérer la gestuelle des bras lors de la toilette. La cuvette WC et le bidet de 2026 ont été très légèrement simplifiés au niveau du carénage, sans perdre leur profil distinctif qui « s’étire vers l’avant en défiant la gravité et en redéfinissant l’idée même de sanitaire ». La marque du groupe Paini, qui met en avant un « travail minutieux d’étude et de relecture des archives de Gio Ponti » et ne se prive pas de puiser dans les siennes, en livre une version adossée au mur, supprimant l’ancien réservoir et intégrant une chasse silencieuse de type Vortex. Ces infimes différences ne sautent pas aux yeux et l’original lancé en 1954 et sa réédition de 2026, comme en témoignent les visuels en ouverture de cet article, sont de quasi jumeaux. Y compris côté finitions avec, en plus du blanc, une palette [qui] respecte et « reflète la sensibilité de Gio Ponti pour la couleur », entre pastel vintage (bleu, rose, beige…) et nouvelles tonalités tendance, avec un vert foncé, un orange cuit et un bordeaux.
[1] Catalogue édité à Milan en 1953, année de création du prototype, comme le confirment les archives officielles de Gio Ponti répertoriant le projet « Apparecchi sanitari per Ideal Standard ».
[2] Dans son mémoire, En quête d’identité : 1920-1960, Gio Ponti et la définition du stile italien (École nationale supérieure d’architecture de Nantes, 2017), Kelly Retailleau estime que la série Ponti Z « s’écoula tous les ans pendant 25 ans à 400 000 exemplaires ».
[3] Gio Ponti, Alessandro Mendini, Achille Castiglioni, Antonia Campi, Joe Colombo, Ettore Sottsass,
Photos : collections et archives Mamoli, Ideal Standard et Gio Ponti.

















