Sur le salon 2026 de Milan, telle une ode à la matière, Terzofoco exposait Tub H2O, une baignoire d’exception qui fait la démonstration de son savoir-faire artisanal : des pièces uniques façonnées à la main dans une céramique réfractaire adaptée à un usage en intérieur ou en extérieur.
Référence au « troisième feu », ultime étape de la cuisson au four (biscuit, glaçage puis décor), l’entreprise italienne Terzofoco revendique clairement son positionnement au travers de son nom. Son atelier est implanté à Deruta, ville d’Ombrie réputée, depuis la Renaissance, pour sa production de céramique et de majolique. Sur ce « territoire, géologiquement adapté, encore riche en terre et en argile », elle explique s’inspirer de cette tradition ancestrale tout en se projetant vers l’avenir, arguant que « la richesse de la connaissance et l’expérience séculaire ne peuvent pas être séparées de l’innovation, du développement, de la technologie. Et du sens de la beauté », pour lui offrir un « nouveau look ».

Des bols circulaires en céramique, tournés à la main, s’associent à un plan ultra fin (aluminium ou pierre de lave) ou une structure porteuse (aluminium), qui contrastent avec leur caractère brut, les aspérités de surface apparaissant comme des qualités et non des défauts. Déclinés également dans un petit format, en réceptacle, ils s’insèrent dans des cavités placées en périphérie du lavabo, aptes à accueillir divers accessoires sans pour autant constituer un espace de rangement à proprement parler. Un principe qui migre du point d’eau à la baignoire, puisqu’on le retrouve sur le disque d’aluminium auréolant le pourtour de la cuve et servant de plage de dépose…
Un geste artisanal, pour des pièces uniques
Adapté à la baignoire, ce concept global d’agencement change d’échelle, « jamais explorée auparavant ». La maîtrise de la cuisson que cette pièce unique requiert le rend encore plus remarquable, qui « atteint son expression la plus aboutie ». Terzofoco explique : « Le poids et le volume de la pièce rendent le façonnage, le séchage et la cuisson particulièrement complexes. Le retrait de la céramique et les tensions générées par la chaleur doivent être soigneusement contrôlés afin de préserver les proportions de la baignoire et de minimiser le risque de déformation ou de fissuration. L’ensemble du processus s’étend sur plusieurs mois, chaque pièce nécessitant de l’expérience, du temps et une attention constante à chaque étape. »
Les baignoires en terre cuite ont existé, essentiellement durant l’Antiquité, de même que la céramique à l’aube du XXe siècle, laquelle a ensuite disparu au profit de l’acier, dont l’usage perdure, et des matériaux de synthèse de toute nature. Par son emploi exceptionnel, à rebours des logiques historiques et industrielles, elle veut ici affirmer une présence forte, voire structurelle, « capable de façonner l’espace qui l’entoure, tout en conservant une présence calme, presque méditative ». L’équilibre entre la présence physique de l’objet et l’espace qui l’entoure questionne la relation entre la matière et la plénitude du vide.
Destinée à s’intégrer harmonieusement dans des environnements contemporains, Tub H2O entend ainsi repousser les frontières de la salle de bains pour nouer « des interactions inédites entre la matière, l’eau et l’architecture ». A l’intérieur de l’habitat comme en extérieur, du fait de la grande résistance de la céramique réfractaire (chocs thermiques, déformations, corrosion), la matière conditionne l’expérience du bain, participant aussi au maintien à température de l’eau.
La baignoire comme expérience sensorielle
Plus qu’un équipement, Tub H2O se revendique davantage comme une sculpture à vivre. Développant une philosophie commune autour de la terre cuite et des arts du feu, Emanuel Gargano et Terzofoco proposent une baignoire dans laquelle la céramique, matière naturelle par excellence, est synonyme de volume, de texture et d’expérience sensorielle. Par son travail, le designer s’intéresse à « la substance des éléments naturels » afin de révéler leur « âme intérieure », Terzofoco précisant qu’il les « aborde non pas comme des surfaces passives à décorer, mais comme des présences vivantes dont le caractère intrinsèque peut être révélé à travers la forme ».

[1] Parmi les nombreuses distinctions reçues par Emanuel Gardano, citons le Compasso d’Oro, le Red Dot Design Award, le Chicago Design Award, l’International Design Award, le Good Design Award, le Best Communication Award, le Design Plus et le German Design Award.














