En collaboration avec l’École polytechnique de Milan, l’industriel italien Treemme est à l’initiative d’un laboratoire prospectif visant à inventer la robinetterie de demain au travers de concepts innovants alliant design universel et sobriété hydrique : Ad Aquam.
Le nom de ce laboratoire de conception et de recherche appliquée créé en 2024 donne déjà, en soi, une idée de la direction choisie, renvoyant à une expression latine qui signifie « Vers l’eau » : Ad Aquam a pour objectif d’imaginer des moyens innovants de la délivrer dans l’habitat en général et dans la salle de bains en particulier.
En collaboration avec la School of Design du Politecnico di Milano et POLI.design, passerelle entre les chercheurs et le monde de l’entreprise axée sur le développement de produits, services et expériences, ce projet, dont Rubinetterie Treemme est l’initiateur, affirme sa pro-activité sur les axes majeurs que sont les économies d’eau et d’énergie, ainsi que l’inclusion. Un projet qui nourrit, oxygène et oriente la feuille de route de l’industriel tout en le positionnant à l’avant-garde… La stratégie est simple et ambitieuse : « développer une série de robinets durables en accord avec la philosophie et les valeurs de l’entreprise. Le produit final devra garantir une économie d’eau et d’énergie et prévoir un faible impact environnemental dans les processus de fabrication. »
Une responsabilité conjointe, du producteur à l’utilisateur
Pour expliquer combien les « petits gestes du quotidien » s’avèrent déterminants, le robinetier rappelle que la plupart des personnes ont une idée faussée de leur consommation d’eau, sous-estimée « entre 50 et 100 litres d’eau par jour » alors que les compteurs grimpent à 128 litres/jour en France, 130 litres en Espagne, 150 en Angleterre… jusqu’à 243 litres en Italie [1].
Or, dans l’équation, l’utilisateur compte autant que le robinet. Un exemple suffit à en prendre la mesure : rien qu’au lavabo, avec une robinetterie au débit standard de 8-10 litres/min, la consommation quotidienne moyenne s’établit autour de 10-15 litres/personne, dont 8-10 litres seraient « gaspillés par inattention » [2]. En abaissant le débit à 4-6 litres/min grâce à l’aérateur, la consommation s’en trouve divisée par deux (5-7,5 litres), ainsi que la ressource gâchée, ramenée à 3-5 litres… sans rien changer aux gestes et aux habitudes.
Mais à défaut d’être corrélées à des usages plus sobres, les technologies d’économies d’eau ne suffisent pas. Même si le débit est contenu (4-6 litres/min), ne pas refermer le robinet pendant le brossage de dents (3 min) engendre une perte de 12-18 litres [3]. Ces statistiques sont une manière d’expliquer – et d’assumer – la responsabilité de l’objet tout en appelant à une « utilisation consciente ». Elles font également sens avec l’adoption par Treemme de la norme Water Label qui, sur l’étiquette, affiche l’efficience des produits.
De la prospection naît des idées avant-gardistes
Les ruisseaux faisant les grandes rivières, la mission de ce laboratoire est d’ouvrir une multitude – et donc une variété – de chemins vers la transition écologique, « en encourageant une utilisation plus consciente de l’eau et de l’énergie ainsi qu’une plus grande accessibilité des produits ». Et qui mieux que la génération de designers qui s’apprête à entrer sur le marché pour explorer cet axe stratégique majeur pour l’innovation en posant les bases, au gré d’hypothèses, du futur de la robinetterie ? Les étudiants en fin d’études, réunis en petits groupes interdisciplinaires (4 à 5 membres), sont invités à matérialiser leurs concepts prospectifs en solutions fonctionnelles et potentiellement commercialisables. Des étudiants qui se challengent dans un workshop, un grand gagnant étant désigné par Treemme « à l’issue d’une évaluation attentive des projets élaborés ».
Quantifier, pour une utilisation plus consciente et responsable de l’eau
Lors du Cersaie 2026, le fabricant a mis en avant une sélection des projets de l’édition 2025 d’Ad Aquam [4], dont le lauréat, Col Pensiero [5]. Ce mitigeur mono commande ultra-fin, qui se distingue par l’affichage digital de la consommation sur l’aplat de son bec, est un exemple de conception comportementale. Il illustre l’alliance entre la recherche académique et l’expertise industrielle, la lumière LED filtrant à travers de micro-perforations (50 microns). Dès l’ouverture, le flux est matérialisé par des pixels qui changent de forme pour indiquer le volume écoulé en temps réel (mais aussi le cumul quotidien). Cette interface graphique influence l’utilisateur, invité à agir avec la robinetterie. Pas d’alerte, mais un message informatif clair et concis qui lui apprend « à établir un lien entre des actions précises et ces moyennes », au travers d’une expérience ludique lui permettant de mesurer son impact.

Autre solution encastrée, C.L.A.P. (pour Conta Litri a Parete, c’est-à-dire « compteur mural de litres ») [8], propose des modules carrés encore plus minimalistes, à composer librement, dont le compteur, inspiré de celui des pompes à essence, parle immédiatement à l’inconscient. Matérialisant les minutes passées sous l’eau, des cases bleues commencent à clignoter lorsqu’un quart d’heure s’est écoulé. Le décompte s’interrompt dès que l’eau est coupée et sa réactivation est rapide, sans devoir refaire les réglages. Pour un suivi sur le plus long terme, les données sont additionnées, pour un total mensuel et annuel (en photo ci-dessus, les concepts Col Piensero, Aqua Sync, Hypermiller et C.L.A.P).
Comment intégrer l’accessibilité dans des produits grand public ?
Si l’objectif premier d’Ad Aquam est d’identifier les techniques et les évolutions de comportements qui permettront de réduire l’empreinte hydrique et énergétique de la salle de bains, la question de l’inclusion est au cœur de la réflexion. L’enjeu est de revisiter la relation entre l’individu, l’eau, le geste et l’environnement.

[1] Où les Européens consomment-ils le plus d’eau du robinet ? – Statista.com (2019).
[2] Consommation quotidienne moyenne d’eau par personne dans l’UE, par activité – Plateforme de connaissances du Nouveau Bauhaus européen – Outil d’autoévaluation (2024).
[3] Consommation d’eau pour le lavage de la vaisselle à la main : eau courante ou évier rempli ? Ce que la science nous apprend sur notre routine quotidienne de vaisselle – De Gruyter Brill (2022).
[4] Depuis son lancement, Ad Aquam a donné lieu a des expositions lors de la Milan Design Week, en 2024 et 2025 à l’ADI Design Museum, et en 2026 dans la Cour d’honneur de l’Université de Milan, dans le cadre de l’événement Interni Materiae.
[5] Projet Col Piensero (vainqueur Ad Aquam 2025), conçu par Bianca Furtunescu, Chanidapa Savangvarorose, Estelle Van de Winckel, Federico Thiele et Milica Vukovic.
[6] Projet Aqua Sync (Ad Aquam 2025), conçu par Jahnavi Patil, Amogh Mohite et Siddh Tejani.
[7] Projet Hypermiller (Ad Aquam 2024), conçu par Alonso Paredes Gil, Allison Aber, Andrea Todaro et Maria Cendra.
[8] Projet C.L.A.P. (Ad Aquam 2025), conçu par Bianca Furtunescu, Chanidapa Savangvarorose, Estelle Van de Winckel, Federico Thiele et Milica Vukovic (qui sont également les co-auteurs du projet Col Piensero).
[9] Projet Ergo (vainqueur Ad Aquam 2026 – Reflections), conçu par Pierpaolo Accattoli, Giovanni Buffoni, Caterina Passaretti et Beatrice Tallarida.
Illustration en ouverture : image générée avec ChatGPT.


















