Présenté dans le cadre du James Dyson Award 2026, le projet Captiva veut transformer la condensation en ressource, grâce à des carreaux de céramique qui absorbent et guident l’eau vers un collecteur, pour une réutilisation ultérieure. Une technologie disruptive qui se loge dans l’épaisseur du revêtement mural !
A l’origine, Captiva est un projet de fin d’études porté par quatre étudiants de l’Université Jaume I qui héberge l’École Supérieure de Technologie et de Sciences Expérimentales (ESTCE). Leur campus est implanté à Castellón de la Plana, qui n’est autre que le cluster industriel du carrelage espagnol, dans la région de Valence… En préambule à leurs recherches, Cristóbal Ignacio Rojas Mattioli, Guillermo Guaita Durante, Anthony Haro Penalva et Aimara Sonia Aravena Gallo se sont posé une question a priori simple : où va la vapeur d’eau qui remplit la douche ?
De cette interrogation est née l’idée qu’une partie de cette vapeur d’eau pourrait être récupérée plutôt qu’évacuée par la VMC ou par une fenêtre ouverte et, recyclée, devenir une ressource. Ils ont donc imaginé un concept de panneaux de douche constitués de carreaux de céramique qui « fonctionnent comme des cellules de condensation, capturant une partie de la vapeur pour la ramener au cycle de l’eau ».
De la condensation à la récupération
Un modèle de biodesign a inspiré ces jeunes ingénieurs, comme d’autres avant eux : le scarabée de Namibie, qui survit dans le désert en transformant en eau la brume matinale. L’insecte piège l’humidité de l’air sur les protubérances de sa carapace pour se désaltérer ensuite avec les micro-gouttes condensées qui glissent jusqu’à son orifice buccal en suivant des chemins hydrophobes tracés en creux. L’équipe explique que ces ailes hydrophiles capables de puiser l’eau contenue dans l’air leur ont permis de « regarder différemment la salle de bains remplie de vapeur. Si un coléoptère pouvait récolter de l’humidité invisible, pourquoi un mur de douche ne le pourrait-il pas ? ».
Suivant cette approche biomimétique, leur panneau mural est conçu comme un système passif capturant, condensant et stockant la vapeur qui ruisselle à son contact. Le carreau ne recouvre plus la technologie, il l’intègre ! Le projet puise également dans le passé, la céramique poreuse traditionnelle des îles Canaries ayant servi de modèle pour le développement de ce concept auto-drainant.
Chacun des carreaux « contient une petite chambre [de condensation] et une fine couche superficielle qui laisse passer la vapeur, mais pas l’eau [une membrane respirante de type Gore-Tex]. Lorsque la vapeur remplit la douche, elle pénètre dans cette dalle à travers cette couche. À l’intérieur, elle rencontre des surfaces céramiques plus froides, ce qui la fait se condenser en gouttelettes. La céramique poreuse aide à retenir et à guider cette eau. Les carreaux sont disposés verticalement de sorte que l’eau collectée glisse d’un carreau à l’autre, par gravité, et par l’absorption naturelle du matériau. À leur base, l’eau est recueillie dans un canal qui agit comme un collecteur. De là, elle est redirigée dans le système de douche, où elle se mélange avec le flux d’eau principal […]. »
Entre potentiel et réalité
Dans l’espace restreint de la douche, quelle quantité d’eau pourrait-on récupérer avec ce système qui repose sur la gravité et la capillarité, sans pompes ni mécanismes visibles ? Quid de la durabilité de la membrane filtrante et de l’entretien des chambres internes ? Cette technologie qui n’existe que sur le papier doit faire ses preuves. Les auteurs, qui ont choisi de « se concentrer sur la rareté de l’eau et son utilisation pendant la douche », disent vouloir « construire des prototypes à grande échelle, exécuter des tests dans des conditions réelles et évaluer la façon dont le système se maintient au fil du temps. À partir de là, ils prévoient d’installer des versions pilotes dans des lieux à haute consommation comme les hôtels et les gymnases pour mesurer les économies d’eau potentielles – et utiliser ces preuves pour amener Captiva dans le logement et la construction durables ».
Quelle que soit sa performance future, alors que la génération de vapeur dans la salle de bains tend se développer autour de la Beauté et du Bien-être, Captiva semble une piste prospective intéressante. Intégrée discrètement dans les modules carrelés, le panneau d’habillage de la douche gagnerait ainsi une fonctionnalité écoresponsable, participant à la préservation de la moindre ressource d’eau tout en « conservant l’aspect familier de l’aménagement de la salle de bains ».
La vidéo de présentation du projet Cativa.
En illustration : images du projet Captiva présenté par Cristóbal Ignacio Rojas Mattioli, Guillermo Guaita Durante, Anthony Haro Penalva et Aimara Sonia Aravena Gallo (Université Jaume I, Espagne) au James Dyson Award 2026.

















