Sur fond de cuivre ou d’argent, le carrelage miroite et se « pique » de vils métaux. Au Cersaie 2018, la tendance était aux surfaces étonnamment étamées, éclairant la salle de bains de nouveaux halos dont les tonalités plombées ou roussies se réfèrent à l’étamage bleuté d’une glace au mercure ou à l’oxydation d’une surface corrodée.
Parmi les revêtements carrelés dévoilés en septembre 2018 sur le salon Cersaie, deux atmosphères colorées ont particulièrement la cote dans le registre de la tendance métallisée.
D’un côté, des variations assez chaudes, dont les gammes flammées de brun-rouge font référence aux taches roussâtres dues à l’humidité qui apparaissent avec le temps sur certains matériaux, minéraux ou ferreux (photo de droite : Peronda, collection Brass).

Le verre mercurisé
La maîtrise des procédés hautement toxiques d’argenture des glaces fut longtemps l’apanage des miroitiers de Venise. Rappelon
Utilisés pour la toilette ou comme élément de décoration, les miroirs furent de fait longtemps considérés comme des objets de grand luxe, réservés à des personnages de haut rang. Leur démocratisation (relativement rapide) n’a commencé qu’à la découverte, en 1835, d’un procédé non nocif et moins coûteux, in fine adapté à une production en masse. L’argenture mise au point par le baron Justus Von Liebig permet alors d’exploiter les qualités réflexives obtenues par le dépôt d’une mince couche d’argent métallique sur le verre grâce à la réduction chimique du nitrate d’argent. De nos jours, l’industrie utilise l’aluminium par dépôt électrolytique sur une couche de cuivre ou de plomb (le tain du miroir assurant son opacité) ou dépôt sous vide (par PVD Physical Vapor Deposition ou CVD Chemical Vapor Deposition).

Le métal oxydé

A l’intensément brillant chargé en particules pailletées en vogue dans la précédente décennie, succèdent actuellement des jeux de matières en léger relief combinés à des reflets oxydés. Coloré dans la masse, le grès cérame imite un processus naturel pour mieux révéler la dimension ornementale du métal (qui peut lui-même composer les revêtements, par panneaux complets ou petites inclusions) (Marea Brass/Marea Copper et la mosaïque Glow de De Castelli).
Ces traces du temps qui passe ne scintillent plus mais se révèlent subtilement selon la lumière, en relaient et diffusent même la « chaleur » intrinsèque (Oxidart Copper de Sant’Agostino). Les nouvelles collections présentent une patine brun-rouge qui, semblant résulter d’une altération authentique sous l’effet de l’eau, révèlent une beauté brute (Expression – Grunge Oxidium Lappato de Aparici ; Met Arch de Sintesi). Des déclinaisons plus pastel existent aussi, avec des dégradés de vert-bronze associés à du beige clair, à des nuances de béton coffré (Met-All, Sage + Pearl de Supergres) ou plus laiteuses (Grass de Peronda), voire diffuses à la manière d’une aquarelle (Oxidart Iron de 
Grâce à la combinaison de différents formats, mosaïques et décors, le matériau devient une trame décorative à part entière, rythmée d’aspérités, martelée de taches (Alchemy Bronze de Apavisa) ou de formes géométriques roussâtres et plus ou moins incandescentes et colorées (Costruire de Serenissima ; Lumiere de Naxos) ou sombres (Alchemy-7.0 d’Apavisa), en accord avec les finitions cuivre et autres dark platinium qui magnifient la robinetterie (Metallic, Carbon de Love Ceramic Tiles). Chez ABK (catalogue Bath Design), à noter que les grands formats servent aussi à agencer la salle de bains, du revêtement au plan de toilette en passant par les murs de la douche et le receveur. Photo ci-contre, Marea Copper de De Castelli.






























