Sur le salon Il Mobile de Milan, Aurea, installation d’envergure proposée par Maison Numéro 20, invitait à une réflexion sur les codes de l’hôtellerie de luxe, construisant le parcours de visite comme un voyage sensoriel dont le Salon de Bain n’était pas la moindre des destinations. Le manifeste d’un design expérientiel qui, racontant une histoire – celle de l’art, des styles, des ornements et de l’artisanat d’exception –, fait la part belle à la lumière, la matière et l’excellence…
Maison Numéro 20 est un studio d’architecture intérieure et de décoration basé à Paris, dans le quartier de Saint-Germain-des-Près, qui incarne une certaine idée de l’élégance française, en particulier à l’export. Pour son édition 2026, le salon international du Meuble de Milan avait donné carte blanche à son fondateur, Oscar Lucien Ono, pour proposer une installation qui dépasse la simple exposition pour se muer en une scénographie immersive. Baptisée Aurea – un mot latin qui évoque l’éclat du métal jaune et les proportions divines du nombre d’or… –, elle exprime sa vision foisonnante et toute « personnelle de l’hospitalité, dans laquelle architecture et design donnent forme à des scénarios intimes à travers une composition narrative et un dialogue sensible entre lumière et matière. »
Des espaces conçus comme des récits

L’émotion plutôt que la démonstration
Des styles qui, justement, sont moins éphémères que les modes. Visuellement identifiables par un ensemble de caractéristiques durables, ils s’entremêlent dans un savant (et ô combien périlleux) « travail de juxtaposition ». De l’Orient à l’Occident, les références se croisent, se superposent sans heurts, comme les époques et les matériaux, choisis avec soin du sol aux plafonds (rarement investis dans ce type d’architecture éphémère). L’art, l’artisanat d’art, les antiquités et le design dialoguent, dans le moindre détail : l’Art déco et l’âge d’or des palaces, le cinéma et le surréalisme, les cabinets de curiosités et la notion de collection, l’égyptologie, les mythes et la statuaire antique…
Toutes ces strates culturelles constituent un opulent substrat avec lequel Maison Numéro 20 tisse des correspondances intemporelles. Ce sont elles qui, sources de poésie et de souvenirs, font littéralement sensation, résonnant de diverses manières, entre elles comme en chacun de nous. Un melting-pot riche qui parvient, sans dissonance, dans des mises en scène pourtant denses, à associer des éléments sélectionnés parmi les catalogues des exposants, seule figure imposée (et non des moindres) par le salon. Où que le regard se pose, chaque élément est en cohérence avec les autres sans renoncer à sa propre singularité : des solistes dont la partition est mise au diapason par un chef d’orchestre.
Le Salon de Bain, un voyage intime

L’on remonte ici le cours du Temps pour s’en accorder, le décor appelant à une longue pause, renvoyant à des moments où la toilette était un raffinement élitiste. Dans un esprit « classique revisité, écho de la grandeur d’une époque révolue, chaque détail exhale sophistication et douceur d’un monde féminin ». Cette bulle enveloppante théâtralise le bain, positionné sur une estrade : un autel pour un rituel sacré. Juste au-dessus, une Méduse dans un médaillon de plâtre veille, postée là en gardienne de la pudeur, en résonance avec les Gorgones éventail, ces coraux orange vif qui émaillent de-ci, de-là, le décor.
Sous une alcôve revêtue de feuilles d’or, un îlot en solid surface noir jais, en équilibre sur des sphères dorées. L’immersion se fera sous bonne escorte : une spectaculaire paire de candélabres en bronze coulé à la cire perdue joue les sentinelles. Ces figures drapées brandissent des feux qui habillent l’atmosphère de reflets d’ambre, diffusant « un halo de lumière chaude, [qui] tel un soleil couchant, caresse les surfaces. » En bronze doré, plafonnier et appliques murales, dessinés par Mauricio Clavero Kozlowski, ajoutent à la préciosité ambiante, déployant leurs extravagantes palmettes en écho avec la finition de la robinetterie, d’une sellette, des accessoires…
A l’opposé du bain, un grand cabinet en laque est orné de scènes peintes qui, là encore, nous transportent dans un orient fantasmé, cette pièce unique offrant bien plus que du rangement pour nous parler d’artisanat d’art, d’intelligence de la main, du temps passé à parfaire le geste… Placés sur les petits côtés, dans l’alignement des portes, deux points d’eau l’encadrent, dans une composition symétrique. Leur façade est rehaussée de finitions métalliques japonaises évoquant, dans un jeu de géométries et de textures affirmé, le glamour sophistiqué des années 1920. Ces meubles sur pieds se font face, surmontés de miroirs vénitiens, délicatement gravés. Leur aspect cristallin établit un lien avec la Glass Gallery qui, coiffée d’un lustre de Murano, borde le Salon de Bain, ses parois en verre dupliquant l’espace dans une vertigineuse mise en abime. Envisageant le luxe comme une expérience narrative dont chaque ligne est écrite avec soin, Aurea brille, littéralement.
Repères
♦ Aurea, an architectural fiction, installation de Maison Numéro 20 et Oscar Lucien Ono, Salone del Mobile.
♦ Les fournisseurs des éléments sanitaires du Salon de Bain d’Aurea : Park Avenue (points d’eau, sellette, robinetterie, baignoire, pont de bain, porte-serviettes), Cristal&Bronze (accessoires de salle de bains) et Miroir Brot (miroir à poser).
♦ En 2024, sur EquipHotel (exposition Confidences pour Confidences, Inspiration Gallery, pavillon 7.2), Maison Numéro 20 avait proposé un autre Salon de Bain, que nous avions présenté dans la newsletter du jeudi 21 novembre 2024 : Une luxueuse scénographie qui, projetant le visiteur « dans un lieu hybride, espace inclassable, à la fois bar, salon de bains, boudoir, dressing… », questionnait le statut de la pièce en tant que bulle intime. Focalisant les regards, le point d’eau, sculptural, avait été réalisé en plastique recyclé, imprimé en 3D. Comme la baignoire Kaldewei, théâtralisée dans son alcôve, celui-ci accueillait une robinetterie fantasque signée Volevatch, une tête de panthère rugissante en guise de bec : Eclat Féroce.
Photos : ©Maison Numéro 20 (portrait d’Oscar Lucien Ono) – ©Saverio Lombardi Vallauri/Salone del Mobile Milano 2026 (vues d’ensemble d’Aurea) – ©Sdbpro (détails complémentaires).















